[i557]                                               DE LA VILLE DE PARIS.                                                    493
DCCCCXXIV. — [Pour le rail des fermes de la Ville.]
io août 1557. (Fol- 252 r°.)
Le dixiesme jour d'Aoust mil cinq cens cinquante sept, Mess" les Prevost des Marchans et Eschevins
feurent à S' Laurens tenir le siege des fermes de la Ville comme il est acoustumé.
DCCCCXXV. ----- Le DESASTRE ADVENU LE JOUR SAINCT LAURENS.
Après le io août 1557. (Fol. 252 r°.)
Ced. jour S1 Laurens, furent oyes nouvelles comme Monseigneur le Duc de Montmorancy, Pair et Con­nestable de France, Lieutenant et Chefde l'armée du Roy, saichant que noz ennemys, assavoir le Roy Philippes, llz de l'Empereur, Roy d'Espaigne et d'Angleterre'1', acompaigné du Roy de Boesme'2', du Prince de Pimont '3', et autres princes et seigneurs de son party et alliance, avoient assiègé la ville de Sainct Quentin en Vermandoys, qui n'estoit pas bien munye de gens, de vivres et de ce qui luy estoit necessaire pour la deffendre, estans les forces du Roy au royaulme de Naples, estant seullement entré dedans lad. ville pour la deffendre Monsr l'Ad­mirai nepveu dudit Connestable'4', et le seigneur de Gervare avec quelque peu de genlilzliommes, mond. Sr le Connestable assembla les compaignées de Mess" les princes d'Anguyen'5', de Condé'0', de Nevers'7', La Roche'8', du Maine'9', et autres grands seigneurs, avec de xxm à xxnu m. hommes de pied. Partirent d'une lieue près dud. Sainl Quentin où ilz
estoient campez avec ce qui estoit necessaire pour l'advitaillement et munition de lad. ville SainctQuen-tin; et ainsi marchans en bataille, maulgré les enne­mys, advitaillerent lad. ville de Sainct Quentin, puis s'en revindrent joieusement, les lances baissées et visaige descouvers, pensans avoir bien besongné, comme de vray ils avoient faict, ne se doubtans de l'ennemy qui s'estoit embusché derriere une petite montaigne avec six mille pistolliers.
Lesquelz, voyans noz gens en une vallée en une lieue au deçà dud. S1 Quentin et qu'ilz n'estoient en ordre, se gelterent sur nostre armée, de telle force et vertu qu'ilz la rompirent et mysrent en ruyne, et prindrent led. Connestable prisonnier, Monsr le Ma­reschal de S1 André '10), et autres seigneurs et capi­taines, tuerent monsr d'Anguyen qui estoit en sa fleur de jeunesse.
Qui fut un grant dommage, ung grant trouble au Royaulme et effroy à ceste ville dc Paris t11'.
- O Sur le titre de "Roy d'Angleterre;- accolé au nom de Philippe II, voir ci-dessus la note de la page 4o6.
(2) "Le Roy de Boesme» : Ferdinand d'Autriche, élu en 1526. Frère de Charles-Quint, il lui succéda sur le trône impérial en i558; il mourut le 25 juillet i568, et fut inhumé à Prague.
'3' "Le Prince de Pimont» : Emmanuel-Philibert, dit Te'te-de-Fer (i528-i58o), duc de Savoye, grand capitaine et habile homme d'Etat. A peine âgé de vingt-cinq ans, il était généralissime des armées de Charles-Quint, son oncle. Le gain de la bataille de Saint-Quentin amena la conclusion du traité de Cûleau-Cambrésis, qui lui rendit la plus grande partie de ses Elats héréditaires occupés par les Français depuis 1536. Ce traité fut cimenté par un mariage avec Marguerite de France, sœur de Henri II. C'est à Emmanuel-Philibert que la dynastie de Savoie fait remonter, à juste titre, l'origine de sa grandeur : c'est en effet ce prince qui, en transférant le siège de ses Etats de Chambéry à Turin, orienta la politique de sa maison du côté de l'Italie, où elle ne cessa dès lors de gagner la prépondérance.
f1' "Monsieur l'Admirai, nepveu du Connestable;. : l'Amiral de Coligny, fils de Louise de Montmorency. Il a été très souvent fait mention de ce personnage dans le présent Volume; voir principalement la note 2 de la page 96.
(5) «Le Prince d'Anguyen» : Jean de Bourbon, qui périt dans la bataille; voir la note 2 de la page 46i.
'"' «Le Prince de Condé» : Louis de Bourbon, chef de la branche de Condé; sur ce personnage, voir la note 4 de la page 473.
O "Le Duc de Nevers» : François de Clèves; voir page 146, note 2.
t8' «Le Prince de la Boche-sur-Yon» : Louis de Bourbon, dauphin d'Auvergne; voir page 90, note 7.
(°' «Le Marquis du Maine» : Claude de Lorraine, troisième fils de Claude, premier duc de Guise, et de Antoinette de Bourbon, porta le titre de marquis du Maine ou de Mayenne avant de prendre celui de duc d'Aumale. Né le 1" août 1526, il remplit les charges de grand-veneur de France et de colonel-général de la cavalerie légère; il fut tué au siège de La Rochelle, le 14 mars 1573.
(10) «Mons' le Mareschal de S' André» : Jacques d'Albon, sur lequel voyez la note 2 de la page 147.
-"' Le Registre offre ensuite, sous la date du 27 août, les deux paragraphes qui sont rapportés ci-dessous avec le numéro d'ordre DCCCCXXV'II.